Fernand Pouillon

 

Bien que né le 14 mai 1912 à Cancon, dans le Lot-et-Garonne, Fernand Pouillon grandit à Marseille où il fréquente l’Ecole des Beaux-Arts, avant de partir à Paris pour étudier l’architecture de 1932 à 1934.  A 22 ans seulement, il réalise à Aix-en-Provence sa première œuvre.  Mais c’est la reconstruction du Vieux Port à Marseille, dont les immeubles avaient été détruits par les Nazis, qui lui donne en 1948 une reconnaissance nationale.  Il côtoie à Marseille de nombreux travailleurs immigrés algériens, venus chercher un emploi dans ce grand port français.

Tout au long de ses études et dès le début de sa carrière,Fernand Pouillon manifeste une profonde conviction en faveur d’une architecture populaire. Son désir le plus cher est de pouvoir offrir au plus grand nombre des logements de qualité, au prix le plus bas. La France est en pleine reconstruction après les destructions infligées par la Seconde Guerre mondiale, et Fernand Pouillon œuvre pour participer à cet effort de reconstruction.  Ses convictions sont mises à l’épreuve avec l’obtention d’un contrat pour la réalisation de logements sociaux. Il avait en effet assuré pouvoir construire 200 appartements en 200 jours avec un budget de 200 millions de francs. Son pari gagné, il se fait autant d’amis que d’ennemis politiques.

L’Algérie l’engage en 1953 pour réitérer sa prouesse : il lui faut construire 1600 logements urbains en 365 jours, tout en respectant l’architecture locale. Une nouvelle fois, le projet connaît un franc succès et l’entraîne en Iran.

Fernand Pouillon rentre en France pour collaborer au sein du célèbre cabinet d’architecture d’Auguste Perret. En 1961, se joignant à l’élan national, il est chargé de construire des cités HLM (Habitation à Loyer Modéré) en banlieue parisienne. Souhaitant réaliser un projet fidèle à ses convictions intimes, il décide d’exercer à la fois le rôle de promoteur et d’architecte. Mais la législation de l’époque interdit à un architecte d’être également maître d’œuvre.  Ses ennemis parisiens utilisent contre lui ces arguments et il est jeté en prison.

Après 18 mois d’incarcération, déterminé à s’enfuir, Pouillon fait une grève de la faim et simule la maladie.  Il est donc transféré dans une unité de soins où la surveillance est assouplie et où il peut recevoir la visite de son frère. Celui-ci introduit clandestinement une corde que Pouillon passe autour du torse, sous sa chemise. La nuit tombée, il enjambe la fenêtre du troisième étage et descend le long de la corde.  Grâce au Réseau Sorbonne, groupe français militant en faveur de  l’indépendance de l’Algérie, Fernand Pouillon s’enfuit à Fiesole, en Italie, puis en Afrique du Nord. Le Réseau Sorbonne l’aide à constituer l’important dossier devant prouver son innocence. En 1963, il  rentre en France pour assurer lui-même sa défense au cours d’un retentissant procès. Le tribunal l’acquitte pour les abus de biens sociaux dont il était accusé, mais le condamne à une courte peine pour évasion. Durant ces  années de prison, il s’exerce à l’écriture et rédige un roman, « Les Pierres sauvages », qui reçoit le Prix des Deux-Magots en 1964.  Le roman est une fiction qui relate la construction, au Moyen Âge, de l’abbaye du Thoronet par Bernard de Clairvaux.

Légitimement déçu par la France,  Pouillon décide, à sa sortie de prison, de rejoindre son ami Jacques Chevallier en Algérie, où il se consacre à aider ce pays, tout juste indépendant, à développer hôtels, complexes touristiques, bâtiments administratifs, bureaux de poste et universités. Il termine également la rédaction de ses mémoires, publiées  en 1968 sous le titre de « Mémoires d’un architecte ». Ces deux livres sont toujours réédités.

Bien qu’amnistié en 1971 par Georges Pompidou, Fernand Pouillon continue à travailler en Algérie et ouvre à Paris une maison d’édition de livres d’art, « Le Jardin de Flore », qui lui permet la réédition et la vente de livres anciens à des prix abordables pour tous.

Il retourne en France en 1972 et recherche un monument historique à restaurer, dont il ferait sa villégiature. Après avoir découvert le Château de Belcastel, il en achète les ruines en 1974 et engage une dizaine d’ouvriers algériens qui vont l’aider à mener à bien cette entreprise.

Durant les huit années passées à cette restauration, il poursuit son labeur acharné en Algérie et en France. Parallèlement aux nombreux hôtels, villas, spas, ports et universités réalisés en Algérie, il construit aussi un monastère en Provence pour abriter les religieuses rapatriées d’Algérie (1976), un centre du Ministère de la Culture près de Versailles (1984) et la subdivision administrative du Conservatoire de Musique de Paris (1985). Il aide aussi à la restauration de la maison du Colombier à Belcastel en 1979.

François Mitterrand lui remet la Légion d’Honneur en 1985 en remerciement de sa contribution à l’architecture nationale. Il reçoit à titre posthume une récompense pour l’ensemble de l’œuvre accomplie en Algérie de 1964 à 1984.

Durant sa vie, Fernand Pouillon eut trois épouses dont il eut six enfants. Il s’était converti à l’Islam afin de pouvoir épouser une princesse iranienne, mais se ravisant à la dernière minute, il rentra en France où il épousa Vera, la mère de sa fille, Catherine. Vera a confirmé qu’il était resté, au fond du cœur, profondément musulman.

Fidèle à son éthique égalitaire, Fernand Pouillon avait demandé à être enterré de façon anonyme dans le petit cimetière de Belcastel. On respecta sa volonté. Il s’est éteint le 24 juillet 1986 au Château de Belcastel et a rejoint ces générations de maîtres d’œuvre dont les tombes taisent le nom à jamais.